Réponse à l'article de Victoria Donovan dans "Café Babel"
By Claude Piron,
ancien
traducteur à l'ONU et à l'OMS, sychothérapeute,
ex-enseignant chargé de cours à l'Université
de Genève entre 1973 et 1994 (psychologie et
sciences de l'Education),
Suisse
c.piron[at]bluewin.ch
http://claudepiron.free.fr/
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"...Et si des propositions portant sur une « langue programmée
», comme l'Esperanto, qui apporterait un territoire
linguistique neutre au débat, ont aussi gagné
de l'importance, elles semblent également improbables
: cela conduirait inévitablement à ce
que les hommes politiques parlent une langue différente
de celle de leur électorat, manquement grave
à la démocratie."
http://www.cafebabel.com/fr/article.asp?T=T&Id=4053
Victoria Donovan confond les situations, et cela l'amène
à une conclusion erronée. La relation
politicien-politicien et la relation politicien-électorat
sont très différentes. Que les hommes
politiques, discutant entre eux, parlent une autre
langue que celle de leur électorat, cela n'a
aucune importance s'ils s'entretiennent sur un pied
d'égalité. Or, l'égalité
n'est pas respectée si ceux dont la langue
maternelle n'est pas l'anglais sont acculés
à utiliser cette langue dans les échanges
avec leurs collègues anglophones. La démocratie
en prend alors un sacré coup. S'exprimer dans
une langue étrangère est du même
ordre que, pour un droitier, être contraint
d'utiliser sa main gauche. On est gauche, on cherche
ses mots, on a un accent qui peut être ressenti
comme ridicule, on laisse tomber bien des nuances,
on a un vocabulaire restreint : la liberté
d'expression est en fait réduite, même
si l'intéressé ne s'en rend pas pleinement
compte. Le Parlement européen a d'ailleurs
souligné cette infériorité dans
son rapport sur l'utilisation des langues :
«Quiconque
s'est donné la peine d'apprendre une langue
étrangère sait que le vrai multilinguisme
est une chose rare. En règle générale,
la langue maternelle est la seule dont on maîtrise
toutes les nuances. Nul doute que l'on est politiquement
plus fort lorsqu'on parle sa propre langue. S'exprimer
dans sa propre langue confère un avantage sur
celui qui doit, de gré ou de force, utiliser
une autre langue.» (Parlement européen, « Rapport
sur le droit à l'utilisation de sa propre langue
», 22 mars 1994, p.10.)
Pour
des raisons qui relèvent de la neuropsychologie
(voir Claude Piron, "Le défi des
langues", L'Harmattan, 2e éd. 2001, chapitres
6 et 7), l'espéranto est la seule langue étrangère
qui procure une aisance égale à celle
que l'on a dans sa langue maternelle. Or, à
âge égal et à nombre égal
d'heures hebdomadaires, six mois d'espéranto
confèrent une capacité de communication
qui n'est atteinte en anglais qu'au bout de six ans.
Il suffit de comparer dans la pratique quelques séances
internationales, les unes tenues en anglais, les autres
en espéranto, pour que saute aux yeux la supériorité
de ces dernières, quel que soit le critère
adopté : spontanéité, égalité
entre participants, précision, richesse d'expression,
humour, etc. Ce système est indéniablement
le plus démocratique : l'effort d'apprendre
la langue n'est épargné à personne
du fait de sa naissance, mais il est d'une durée
très raisonnable et à peu près
égale pour tous. Par ailleurs, si l'espéranto
est adopté entre politiciens, cela signifiera
que sa valeur a été reconnue par les
États. Cette reconnaissance officielle encouragera
les simples citoyens à apprendre la langue,
ce qui se fait très vite lorsqu'on est motivé.
L'argument de Victoria Donovan selon lequel les politiciens
parleraient une langue incompréhensible à
leur électorat disparaîtrait dès
lors automatiquement.
En
outre, il serait sage de placer les considérations
qui précèdent sous l'éclairage
des données qu'ont livrées les recherches
de l'économiste François Grin sur les
diverses options de la politique linguistique, et
de méditer notamment les deux faits suivants
:
1) le gain que le Royaume-Uni tire de la domination
actuelle de l'anglais s'élève à
17 milliards d'euros par an,
2) l'économie nette qui serait réalisée
par l'ensemble de l'Europe si elle adoptait l'espéranto
se chiffrerait à 25 milliards d'euros par an
(http://www.revue-republicaine.org/spip/breve.php3?id_breve=0255).
Peut-il
y avoir le moindre doute, compte tenu de tous ces
faits, sur la nature de la formule la plus démocratique
?
CP
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